Sunday, October 11, 2020
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Quand la science du comportement vient éclairer la gestion des risques de catastrophes en Haïti

Tweet JIMENA LLOPIS et EMILIE BERNADETTE PERGE Jeudi 17 septembre 2020 ((rezonodwes.com))– Marie est haïtienne et mère de quatre enfants….

By Rezo Nodwes , in ACTUALITÉS , at September 17, 2020 Tags: ,

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JIMENA LLOPIS et EMILIE BERNADETTE PERGE

Jeudi 17 septembre 2020 ((rezonodwes.com))– Marie est haïtienne et mère de quatre enfants. Elle habite dans un village situé non loin de la ville. Marie possède une vache, principale source de revenus pour sa famille. Un jour, elle se réveille au son de vents forts qui soufflent autour de sa maison.

Elle allume la radio pour trouver d’éventuelles informations mais impossible de capter quoi que ce soit. Elle décide donc d’aller trouver des voisins qui pourraient la renseigner sur les évènements en cours. Elle croise un bénévole qui lance dans son mégaphone : « Évacuation immédiate vers le plus proche abri ! Un ouragan de catégorie 5 se dirige sur nous ! ».

Elle n’est pas sûre de reconnaître ce bénévole – « Est-ce un membre du gouvernement ? Dois-je lui faire confiance ? » – et elle n’a aucune idée de ce que veut dire « de catégorie 5 ». Elle retourne chez elle et réfléchit : « Est-ce que je devrais vraiment quitter ma maison ? Dieu ne laisserait jamais rien de mal nous arriver ! »

Avec des vents de plus en plus forts et très peu d’informations à portée de main, elle prend peur et décide qu’il est temps d’évacuer. Mais alors qu’elle est sur le point de quitter la maison avec ses enfants, son fils aîné lui dit : « Maman, on ne peut pas se permettre de perdre notre vache ; je vais rester ici pour la protéger ». Sans pouvoir prendre le temps de beaucoup y réfléchir, elle décide de quitter la maison avec ses trois plus jeunes enfants et de laisser des instructions claires à son aîné.

Après avoir parcouru quelques kilomètres, ils finissent enfin par apercevoir un tap-tap [un taxi collectif]. Avant de réaliser qu’ils n’ont pas d’argent pour le payer. Ils continuent alorsde marcher vers l’abri le plus proche. À leur arrivée, le refuge déborde de monde et l’air y est insalubre, des hommes fument à l’intérieur. Le bébé de Marie se met à pleurer tandis qu’elle s’aperçoit qu’il n’y a pas d’eau courante dans les salles de bains ni de nourriture ou de couverture pour ses enfants. Malheureusement elle n’a pas le choix, elle n’a pas d’autre endroit où se réfugier.

Cette histoire n’est qu’un exemple parmi d’autres des difficultés que rencontrent de nombreux Haïtiens lorsqu’ils sont confrontés à une catastrophe naturelle. Malgré les progrès accomplis en vue de renforcer la résilience aux catastrophes (notamment en matière de préparation et d’interventions d’urgence, ainsi que de renforcement et d’expansion du réseau national d’abris), de nombreux défis demeurent.

Du fait de sa situation géographique, Haïti est particulièrement exposée aux risques d’ouragans, sachant que le changement climatique génère une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces tempêtes. Haïti est l’un des pays les plus touchés par la déforestation, en outre, des dangers tels que les fortes pluies qui dévastent les cultures et les moyens de subsistance, accentuent les difficultés et freinent le redressement. Entre 1961 et 2012, le pays a été touché par plus de 180 catastrophes naturelles ayant entraîné la mort de plus de 240 000 personnes.

Certains de ces décès auraient pu être évités si l’évacuation de la population avait eu lieu plus rapidement. Cependant, comme l’illustre bien l’exemple de Marie, le processus d’évacuation fait face à de nombreux obstacles qui doivent être surmontés pour permettre à l’ensemble des Haïtiens d’augmenter leurs chances de survie. Des études qualitatives menées par la Banque mondiale à Port-au-Prince et dans les départements des Nippes et du Sud, ont permis d’identifier 5 principaux obstacles à l’évacuation :

  1. Souvent, la population ne reçoit pas les messages d’alerte (Défaillance du système d’alerte). Ce problème pourrait être évité grâce à des financements plus importants qui doivent être mobilisés par les organisations actives sur place et le gouvernement.
  2. Lorsque l’information leur parvient, les messages ne sont pas rédigés dans un format compréhensible par la plupart des Haïtiens, et ceux-ci ne savent alors ni où aller ni que faire. Faute de clarté, les populations ne ressentent pasl’urgence d’évacuer (Langage peu clair).
  3. Même lorsque l’information leur parvient et qu’elle est comprise de tous, la population ne réalise le réel niveau de risque. Non seulement il leur est difficile de croire qu’un ouragan (Événement à faible occurrence) va frapper leur maison (État de déni) mais on peut aussi aisément comprendre qu’elles soient réticentes à laisser leur bétail à l’abandon(Actualisation hyperbolique).
  4. Même lorsque les populations réalisent le niveau de risques, des obstacles structurels les empêchent de procéder à l’évacuation. Nombreux sont ceux qui ne disposent pas d’un abri à proximité de leur domicile ni d’un accès aux transports, ce qui rend impossible l’application des consignes (Manque de moyens).
  5. En outre, les personnes ayant vécu de mauvaises expériences par le passé au sein des abris collectifs peuvent hésiter à évacuer. Les expériences dans des abris collectifs sont souvent négatives puisque ces abris s’avèrent parfois dangereux. Le plus souvent, les ressources manquent et ne sont pas gérées de manière efficace (Expériences négatives).
: Service Schémas de pensée, comportements et développement (eMBeD) - Banque mondiale.
Service Schémas de pensée, comportements et développement (eMBeD) – Banque mondiale.

Ce travail d’analyse était le fruit d’un effort conjoint de l’équipe de Gestion des risques de catastrophes et du service Schémas de pensée, comportements et développement (eMBeD) de la Banque mondiale afin d’appuyer les efforts d’Haïti en matière de renforcement de la résilience aux catastrophes. L’initiative est soutenue par l’Union européeenne (UE) et le Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement (GFDRR) dans le cadre du Programme ACP-UE de Réduction des Risques de catastrophes naturelles.

Les conclusions de ce travail ont déjà été intégrés dans la conception du Projet de Gestion des risques et de résilience aux aléas climatiques. Le projet vise le renforcement des capacités de préparation et de réponse aux catastrophes, la construction et la réhabilitation d’abris, ainsi que la dissémination des pratiques de construction résilientes. Il prend en considération l’état d’esprit actuel et les croyances de la population et comprend la simplification des messages du système d’alerte précoce (SAP) avec des visuels saillants, fournissant des directives claires sur l’évacuation et mettant en évidence les conséquences pour aider les gens à réagir au niveau de risque.

L’intégration d’une perspective comportementale dans le projet garantit que les recommandations du travail analytique sont positionnées pour combattre les obstacles sociaux, psychologiques et structurels à une gestion efficace des risques et désastres.

JIMENA LLOPIS et EMILIE BERNADETTE PERGE

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